Le Mot fou présente
le livre de Viviane Campomar Chromatographies
dimanche 10 avril à 18h au couvent des cordeliers à Forcalquier (04)
dans le cadre du festival "Sciences métisses"
Viviane Campomar, ingénieur, docteur en chimie minérale et actuellement professeur au lycée Henry IV à Paris signe aujourd'hui son second roman, Chromatographies. Elle y développe un sens de la volupté assez peu commun, notamment de par l'utilisation des sciences physiques et chimiques... Il faut dire que cela donne un certain résultat!
Ah! L'inspiration est annoncée déjà au tire! "La chromatographie est une technique d'analyse qui consiste à faire passer dans une colonne remplie d'un solide en poudre, appelé support
chromatographique, un échantillon composé de plusieurs constituants à séparer" informe la couverture. Dans "chromatographie", on reconnaît aisément, sans avoir jamais étudié le grec ancien, les
composantes "couleur" et "écriture". N'y a-t-il pas là quelque promesse d'une écriture colorée, si l'on ose dire?
En effet, on ne peut s'attendre à mieux; en livrant ce roman, V. Campomar écrit dans un style onirique des plus incongrus. Les couleurs, les formes, les sons, les odeurs, tout, en somme,
s'altère, se tord et se détend au flux des émotions de Jade, en fonction de l'absence ou, dans le cas contraire, de la présence. Ce qui caractérise (ne déplaise) ce concentré d'images et de
symboles tant sensuels que sensitifs n'est autre que le côté envoûtant de la science chimique de la chromatographie. Quiconque aurait-il un jour songé que Ronsard puisse développer dans ses
sonnets le pourquoi du pourpre de sa rose? Imaginons-nous Charles Baudelaire planter comme un piquet mobile sur un accotement fleuri l'explication du phénomène scientifique à la source de
l'obscurité! Sans nul doute improbable.
Pourtant, Viviane Campomar le fait, elle. Une sorte de réconciliation entre science exacte et littérature.
Jade est chromatographe et vit dans un immeuble. Autant noter qu'elle n'est ni princesse, ni cosette. Tous les soirs, elle rentre chez elle en compagnie de sa solitude pour seule amie, s'ennuie,
lasse, et sa vie suit le rythme constant d'une fonction linéaire, métro, boulot, dodo. Une existence morne, en fin de compte. Ses habitudes vont néanmoins changer du tout au tout lorsqu'un soir,
alors qu'elle vit comme d'ordinaire un ennui presque sordide, une mélopée s'élève d'elle-ne-sait-où pour aller se loger jusque dans sa tête. Un son de piano, instrument d'excellence, qui
l'enchante.
Aussi entreprend-elle d'apercevoir la personne qui joue de la sorte les notes qui l'emportent chaque soir. Jade part de rien pour aboutir à tout: le résultat de son enquête... Elle commence à
réfléchir, à tenter de capter les faits, les gestes, les paroles de ses voisins qu'elle ne connaît pas, guettant alertée celui qui lui fait rompre la morosité - Jade sait fermement que
le pianiste est un homme. On se laisse assez facilement mener par cette aventure de recherche, puis de séduction, malgré les quelques endroits de mièvreries adolescentes qui ralentissent un peu
l'intrigue.
Nouvelle femme ou femme d'aujourd'hui? Allez savoir! Tout est cependant que le personnage de Jade tient plus de la fillette à l'éveil de sa féminité que de la femme accomplie. Quelques airs de
Chopin, et la demoiselle se trouve conquise - on a parfois un peu de mal à y croire... Fort heureusement, le malaise a été convoqué en contrepoids! Jade disparaît. Elle disparaît littéralement,
effacée par une identité qu'elle perd. On veut bien quelque part y voir un roman d'initiation dans la plus lointaine limite, une vision de la condition féminine moderne tout au moins, ainsi qu'un
surprenant travail d'altération réaliste, comme si le narrateur se faisait impénétrable. Un effet grandiose!
Même si nombreuses se profilent les chances d'attirer un lectorat à dominante plutôt féminine, Chromatographies est, somme toute, une oeuvre d'un charme plaisant qui parvient
(enfin! aimerait-on s'exclamer) à réconcilier lettres et domaine scientifique trop longtemps aliénés l'un de l'autre par quelque attitude de pragmatisme déplorable; Viviane Campomar
teinte la chimie de littérature et applique la littérature à la chimie, l'ensemble est réussi et l'on a fort grand plaisir à le lire, et à le relire!
Chromatographies, de Viviane Campomar
Editions Le Mot Fou
15 €
http://www.obiwi.fr/culture/lectures/83866-chromatographies-de-viviane-campomar-a-la-recherche-de-jade
Pourquoi j’écris
Longtemps je me suis couchée tard : j’ai lu beaucoup, passionnément. Je lisais comme on s’enivre et, les yeux fermés, je lisais encore dans l’obscurité. S’endormir dans les mots d’un autre, le souffle d’un autre. Parfois, je réinventais le chapitre. C’est comme ça que l’écriture s’est imposée à moi, elle m’a sauté dessus, en traître et dans le noir. J’ai d’abord écrit uniquement pour moi et n’ai autorisé personne à me lire. Un jour pourtant, une amie a lu. Elle m’a conseillé un éditeur en me faisant promettre de lui envoyer mon manuscrit. J’ai obéi, il faut toujours honorer les promesses que l’on fait à ses amis. Mon premier livre a vu le jour très vite, il a même été récompensé par le Prix de la Ville de Paris. J’ai alors moins écrit car j’ai pris conscience que désormais, on m’attendait au tournant. Que les textes à venir seraient pesés, jugés, par moi d’abord. J’ai aussi eu peur de m’égarer en essayant de plaire - mais c’est pas parce qu’on met le pied dans quelque chose qu’on y perd son âme, pas vrai ? Et puis j’ai fini par admettre que moi aussi je pouvais avoir quelque chose à dire, que tout le monde a quelque chose à dire. Lorsque j’ai admis, j’ai à nouveau écrit. J’écris parce que je n’ai pas de talent d’oratrice et que le crayon m’aide à marcher droit, j’écris surtout pour continuer à voir du merveilleux là où certains ne voient plus rien.
Nadia Berquet (Friture magazine, février 2011 - http://www.frituremag.info/les-chroniques/frites-et-ratures/joyeux-nawel-1.html)
Nadia Berquet est l'auteur de Cité des Fleurs (le Mot fou éditions), La Sale Odeur du bonheur et la Guerre des fleurs (HB éditions repris par le Mot fou éditions) disponibles en librairie



Ah les Lunatiques sortent
Pour voir le jour demander la lune
juste l'impossible, pas plus, pas moins et ne pas hésiter à changer
Le surnaturel? Une réalité comme une autre
Le sens? Un point de vue
La vérité? Un concept
"Retrouver la liberté d'être faux" (Jelinek) au regard d'une idéologie
(José Leroux, auteur du Mot fou)

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